🎼 Dansons 🎶 la carmagnole 🎵 (partie 1)

Franchesse sous la Révolution subit , comme partout ailleurs les exactions commises par l'Etat . Placée avec les quatre communes (1)  du canton sous la tutelle du District Révolutionnaire de Cérilly , elle subit les privations , vit dans la peur durant la Grande Terreur . Pourtant rien de bien significatif ne transparait vraiment dans les procès-verbaux.
Il faut sans doute expliquer cette situation par la censure et le contrôle permanent de ce qui est transcrit . Ecrire le nom du roi , d'un saint dans la religion , ou d'un titre de noblesse, tout ce qui a rapport à l'Ancien Régime est interdit sauf  si la mention " ci-devant " est apposée , comme par exemple "du  citoyen Capet ci-devant roi de France ".
On trouve cependant dans les procès-verbaux des transcriptions très intéressantes  sur les us relatifs aux élections municipales , aux fêtes et faits marquants.
I ) Renouvellement du corps municipal

Gilbert Thévenet , l'ancien curé , élu maire le 13 juin 1790 en remplacement de Pierre Bonaventure Béraud (nommé selon son choix au  poste important d'administrateur au Conseil du département ) est remplacé par Jacques Saulnier le 2 décembre 1792 ; 
Élu officier public par 15 voix contre une le 30 mai 1793 , Gilbert Thévenet est chargé d'enregistrer les naissances , décès et mariages de la commune .
Mais sans doute voit-on d'un mauvais œil du coté des hautes instances révolutionnaires , les attributions d'un ancien curé dans l'administration communale . 
Le 24 pluviôse An II ( 12 février 1794 "ancien style" ) le corps municipal est modifié en vertu de l'arrêté du représentant du peuple PETITJEAN (2) . En voici la teneur : 

" Au nom du peuple français , Liberté , Egalité ,  Claude Lazare Petitjean , représentant du peuple français , envoyé par la Convention Nationale dans les départements de la Creuse et de l'allier , pour les mesures de salut public et pour l'établissement du gouvernement révolutionnaire , nos premières occupations en arrivant à Burges-les-Bains ( Bourbon en nom révolutionnaire ) , district de Cérilly , a été de nous faire rendre compte par les sociétés populaires de l'esprit public du District de Cérilly et des notes sur tous les fonctionnaires publics , afin de pouvoir mettre en activité les lois révolutionnaires et pris tous les renseignements de tous les corps constitués de ce district .
Arrête ce qui suit au titre : Municipalité de Franchesse , nomme pour agent national le citoyen Lefort , pour maire le citoyen AUDIAT Jean-Baptiste (3) pour officiers municipaux , MADET, agriculteur à la mousse ,DEVILLERS agriculteur à Rouère ,METENIER à Avreuil , SAUDOIS père et THEVENET pour secrétaire-greffier le citoyen GRENET lequel aura cent cinquante livres d'appointements ;
conservons les ci-devant notables ; déclarons néanmoins que le présent épurement n'étant fait qu'à raison , soit à défaut d'énergie qu'exige le salut de la République , soit enfin à raison de la démission volontaire prescrite par la loy , tous les citoyens en place , rejetés et remplacés par les présents , ne pourront , pour cause de ce rejet et remplacement être regardés ni considérés comme suspects ; signé  PETITJEAN . "


Peu de temps après , le 2 floréal an II ( 21 avril 1794 "ancien style" ), le citoyen agent national du District de Cérilly  " chargé d'épurer les autorités constituées " vient à Franchesse procéder au remplacement entre autre de Gilbert Thévenet , ancien curé qui avait été obligé dès avril 1793 de quitter la commune suite à un arrêté du District lequel stipule que "  les ci-devant curés sont obligés de s'éloigner à la distance de trois lieues dans le délai prescrit à la commune où ils remplissaient des fonctions."  On apprendra plus tard que le curé Thévenet avait été emprisonné à la maison d'arrêt de Moulins pendant un mois .Libéré , muni d'un passeport et d'un certificat de civisme ,  il reviendra résider à Franchesse malgré l'interdit , étant propriétaire d'une maison d'habitation et de terres sur la commune de Franchesse où il résidait depuis plus de 24 ans , " ayant accompli des actes de bienfaisance et s'était toujours comporté en bon patriote et en bon citoyen ."


II) Les fêtes décadaires 

Motivées par le culte de " l'être suprême " les fêtes révolutionnaires  sont nombreuses et ont lieu souvent les jours de décadi , dernier jour de la semaine laquelle compte 10 jours. Le 20 frimaire An II ( 10 décembre 1793 ancien style ) , le Conseil Général de Franchesse  décide de  planter le chêne de la Liberté (4) sur la place de la Raison .Ainsi 10 jours plus tard , le 30 frimaire An II :
" Nous avons planté sur la place de la Raison derrière l'autel de la Patrie , le chêne offert par le citoyen Grenet en chantant des hymnes et chansons patriotiques et prêtant le serment civique et criant d'une voix unanime " Vive la République , la Montagne , et nos frères de Toulon qui ont concouru à la prise de cette ville rebelle" , il ( le peuple ndlr) s'est ensuite rendu à la Chambre commune où se sont réunis tous ceux qui ont voulu participer au repas civique à l'issue duquel on a envoyé chercher l'instrument champêtre , tous les citoyens ont beaucoup dansé , on s'est ensuite rendu au pied de l'Arbre de la Liberté avec ledit instrument , on a recommencé les danses .
Plusieurs  sont entrés dans le Temple de la Raison ( église) et ont apporté toutes les statues des ci-devant saints qui y étaient amoncelées.
Le citoyen Moitié (5) , notaire public , a aussi apporté un sac de vieux papiers qu'il nous a dit être des titres féodaux et les seuls qu'il possédait qui ont servi à allumer toutes les dites statues et dont la flamme s'est élevée au pied de l'arbre a servi à éclairer les danseurs et danseuses qui , pendant qu'il brûlait ,ont formé un branle et lorsqu'il fut fini , ils se sont retirés à la chambre commune (mairie) où on s'est réuni et où les danses ont recommencé et continué jusqu'à une heure du matin... "

Puis le 20 ventôse An II de la République afin de célébrer le siège victorieux de la ville de Toulon et conformément à la loi , Franchesse fête l'événement :
 " … Nous avons ce jourd'hui avec enthousiasme  célébré ladite fête par des danses patriotiques qui se sont faites autour de l'arbre de la Liberté en chantant des hymnes patriotiques et prêtant le serment civique , criant d'une voix unanime : " Vive la République , vive la Montagne et nos frères de Toulon qui ont concouru à la prise de cette ville rebelle ,on s'est rendu ensuite au Temple de la Raison , ci-devant église , où s'est réuni tout le peuple et deux apôtres envoyés par la société populaire de Burges-les-Bains ( Bourbon ) qui ont prêté la vraie Raison et ont éclairé le peuple sur ses droits et sur le Gouvernement révolutionnaire ,lesquelles ont été applaudi par des tapements et des cris : de Vive la République , vive la Convention nationale ,et guerre au tyran .Après ces cérémonies , l'on a bâti des tables dans ledit temple  de la Raison et avons fait un repas civique où tout un chacun avait contribué d'avance pour renouveler la fraternité ensemble à l'honneur de cette glorieuse fête à laquelle étaient beaucoup de frères des communes voisines  . Et l'on a tous mangé à la gamelle , l'on a envoyé chercher l'instrument champêtre . Tous les républicains ont beaucoup dansé et ayant trouvé dans la dite ci-devant église plusieurs cadres sur lesquels étaient peintes beaucoup de figures de ci-devant saints , plusieurs sans-culottes se sont munis de ces dits cadres , on s'est ensuite rendu au pied de l'arbre de la Liberté avec ledit instrument champêtre .  On a recommencé les danses et fait brûler le reste de la représentation du mensonge et de la superstition en chantant de nouveau des hymnes patriotiques et des cris mil fois répétés : Vive la République , vive le montagne , vive nos frères de Toulon ,et après avoir longtemps dansé la carmagnole autour de l'arbre ,l'on s'est réuni et mangé de nouveau à la gamelle .Les danses ont recommencé et continué jusqu'à une heure du matin …" 

Notre belle église Saint Etienne , dépouillée de ses trésors religieux ( tableaux et statues de saints brûlés lors des fêtes décadaires ) faisait office de salle polyvalente où l'on se réunissait pour prendre d'importantes décisions en présence du peuple mais aussi de salle des fêtes  où l'on mangeait et où l'on  dansait la carmagnole .

Mais une fois la fête de la prise de Toulon finie , la commune doit en assumer le coût , à savoir 75 livres à mettre au budget des dépenses pout l'année 1794. On peut lire daté des 20 ventôse et 20 prairial An II  ( 10 mars et 8 juin 1794 ancien style ) :
"  Pour la plantation de feuilles de chêne  autour de l'autel de la Patrie et du temple de la Raison , acheter des rubans tricolores pour orner le dit autel de la Patrie et payer les instruments champêtres qui jouaient des airs républicains et faire divertir le peuple toute la journée par des danses patriotiques . "

Il existe une quarantaine de fêtes décadaires , ( fête à la jeunesse , à la vieillesse ,à l'âge viril , à l'être suprême etc. )  et même la fête de la mort du dernier roi de France :
" 2 pluviôse An III  ( 21 janvier 1795 ), le Conseil municipal , ce jourd'hui à célébré la fête de l'anniversaire de la mort du dernier roi des français à laquelle fête tous les bons républicains avaient été invités le décadi dernier . Elle a commencé par un discours fait par le maire et de suite , nous nous sommes transportés à l'arbre chéri de la Liberté où nous avons chanté des hymnes patriotiques avec l'instrument champêtre et dansé la carmagnole ."
Puis les 1 et 2 pluviôse  An V( 20,21 janvier 1797 ) le maire de Franchesse  Nicolas Moitié commémore avec ses adjoints à Bourbon , Yves Lefort , Thévenet ex prêtre ,et Grenet  notaire , la  je cite " juste punition du dernier roi des français ".

Mais sans doute las de toutes ces fêtes patriotiques , les gens de la campagne , en dépit des autorités municipales et cantonales , reprennent peu à peu l'habitude de fêter les dimanches.


Source : d'après l'essai monographique " au pays des lanciers " de G.Giraudet et G.Bourderioux ( 2eme partie ) depuis la Révolution jusqu'à 1938(non publié).
Compte-rendus municipaux du 7 février 1790 au 15 pluviôse An II









































(1) L'ancien canton de Bourbon est composé à l'époque ( loi du 7 février 1790 ) de quatre communes : Bourbon 2341 habitants , Franchesse 1070 habitants , Couzon 500 habitants  et le Breuil avec 104 habitants . La commune de le Breuil sera rattachée à la commune d'Agonges en 1807.

(2) Claude Lazare Petitjean né à Bourbon le 22 mars 1748 avait une grande connaissance du canton . Fils de Pierre Lazare Petitjean , " notaire royal et procureur en la châtellenie de Bourbon "  et de Aune Fauvre , il était aussi notaire avant la Révolution .Nommé membre du directoire de l'Allier en 1791,il est élu député de l'Allier à la Convention le 5 septembre 1792 , 4e sur les 7 députés que compte le département. Montagnard convaincu ,et farouche partisan de la mort du Roi , il vote dans son procès " la mort dans les vingt-quatre heures " Il sera envoyé " en mission dans l'Allier et la Creuse en 1793 au sujet de la levée de 30 000 hommes pour aller défendre les frontières. Il meurt d'un cancer le 8 mars 1794 à Bourbon .

(3) Jean-Baptiste Audiat , maire en l'an II et II (1793-1794)  , notable ,était fermier aux Quatre vents.
(4) Le chêne de la Liberté représente encore de nos jours une symbolique très forte , au même titre que le drapeau tricolore ou le Coq , de la République Française .Il est présent sur nos pièces de 1 et 2€ .

(5) Charles Nicolas MOITIE , notaire royal et feudiste ( spécialiste en droit féodal ) avant la Révolution a été maire de Franchesse durant l'An VIII ( 1799 ) puis de 1820 à 1826 pendant la Restauration .








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