Misère et dénuement dans la campagne Franchessoise


La chute de la Monarchie et la Révolution Française n'ont en rien atténué la paupérisation grandissante dans les campagnes , loin s'en faut. Franchesse , dans les années 1790 a son lot de misère et d'injustice. Elle dépend du District Révolutionnaire de Cérilly , et Bourbon , le chef lieu de canton  se nomme désormais Burges-Les-Bains . C'est aussi l'époque des arrestations pour les réfractaires au régime , bien souvent sur dénonciation . Les églises renommées Temple de la Raison ( pour celles sauvées de la destruction ) servent d'entrepôt et de lieu de réunion , et les curés sont chassés de la commune. 
Franchesse est administrée par des officiers municipaux , nommés par le District de Cérilly , des notables et des gros propriétaires . Pour l'année 1793 on trouve Saulnier, maire, et gros propriétaire comme Peubrier et Sadde , Nicolas Moitié , secrétaire- greffier ( un notaire ) , Béraud procureur de la commune.

Mais dans la campagne Franchessoise les familles n'arrivent plus à se nourrir et les abandons d'enfants font partie du lot quotidien .J'ai relevé parmi tant d'autres cas deux actes d'abandon , un  transcrit sur le registre municipal et un autre dans le registre paroissial .

Registre municipal , Franchesse le 1er janvier 1793
" Aujourd'hui , premier janvier mil sept cent quatre vingt treize l'an premier de la République , est comparu par devant nous , officiers municipaux de la commune de Franchesse , Françoise FLOUZAT , veuve du citoyen PIERROTON , habitant de cette commune , laquelle nous a dit qu'elle était mère de sept enfants en bas âge et dans la plus grande misère , ayant eu le malheur de perdre son mari qui lui procurait à elle et à ses enfants la nourriture par le travail de ses mains , en conséquence , que se trouvant dénuée de toute espèce de ressources , elle nous engageait à vouloir faire inscrire    une de ses filles nommée Catherine , âgée d'un mois et trois jours comme enfant trouvé , afin que le secours qui lui serait accordé par la Nation put aider à ses besoins . Su ce , le Procureur de la Commune , avons pensé que la Nation bienfaisante ne se refuserait pas  à cet acte de charité envers une malheureuse que nous certifions être dans la plus affreuse misère.
A Franchesse , lesdits jours , mois et an que dessus et avons signé.
Signé : Saulnier , maire, Béraud , procureur de la commune , Peubrier , Sadde , Moitié secrétaire-greffier."

Registre paroissial , Franchesse le quinze pluviôse An II ( 3 février 1794 )


Aujourd'hui quinze pluviôse de l'An deux de la République Française et indivisible , par devant moi , Gilbert Thévenet (1), officier public de la municipalité de Franchesse est comparu Jean Gaurand , journalier demeurant au moulin Goury (2) en cette commune , lequel assisté de Anne Nicolas son épouse m'a déclaré que le citoyen Gabriel Douyet , juge de paix du canton de Burges-les-Bains , assisté de Gabriel Foussier commis-greffier à cause de la démission de notre greffier ordinaire, s'est transporté au domicile dudit Jean Gaurand demeurant au moulin Goury, commune de Franchesse ,ou étant arrivé à l'heure de neuf du matin ,ledit Gaurand nous a représenté un enfant femelle trouvé devant sa porte âgé d'environ cinq jours , vêtu d'une  bourrasse de droguet (3) bleu ,un mauvais drapeau de toile , un béguin et un mauvais bonnet de toile écarlate et drap couleur verdoie ,un oreiller de toile blanche de plumes de volaille ,lequel enfant a le visage rond ,yeux bleus, nez rond écrasé ,front plat , sourcils châtain noirs, bouche moyenne , menton rond , lequel Gaurand nous a affirmé en nos mains n'avoir connaissance d'où vient ledit enfant ainsi que Anne Nicolas et ont déclaré ne savoir signer de ce enquis et interpellés ,de tout quoi nous avons fait et dressé le présent acte pour être exposé et dressé aux officiers municipaux de la commune de Franchesse pour et par eux ,pourvoir à la subsistance dudit enfant et avons signé avec notre commissaire-greffier.Fait les jours et an que dessus, ainsi signé sur le registre , Douyet, juge de pais et Foussier, commissaire-greffier d'après la lecture de ce procès-verbal que Jean gaurand et Anne Nicolas ont déclaré être conforme à la vérité, et la représentation qui m'a été faite, j'ai donné à cet enfant le prénom de Agnès et le nom de Goury .En foi de quoi j'ai rédigé le présent acte , lesquels Gaurand et Nicolas ont déclaré ne savoir signer.
Fait les jours , mois et an que ci-dessus, THEVENET, officier public.







(1) Gilbert Thévenet originaire du Colombier , ancien curé de Franchesse avait pris possession de la cure le 16 février 1776. Il fut aussi le premier maire de la commune de Franchesse. Expulsé de la commune sur ordre du district révolutionnaire , emprisonné un mois pour avoir célébré une messe , fut "rappelé " pour transcrire les actes ( quand on a besoin…) d'état civil face au marasme et à l'incompétence notoire des révolutionnaires de l'époque. Il porte désormais le titre d'officier public.( cf mon article Gilbert Thévenet , curé et premier maire de la commune )


(2) Ci dessous le moulin Goury , d'après le cadastre napoléonien de 1831. 
Ce moulin est le plus ancien de Franchesse . Alimenté par la Bieudre ,il se situait non loin du Mont et d'Avreuil , qui possédait son propre moulin.On en trouve trace dès 1530 d'après les registres de la seigneurie du Pontet. Franchesse, au XVIe siècle comptait dix moulins. En 1768, un petit garçon de dix ans , Pierre Rancillat avait perdu la vie au moulin Goury ,en se noyant après avoir  glissé sur une planche.


(3) le droguet est un tissu de mauvaise qualité fabriqué du XVIe au XIXe siècle , sorte d'étoffe grossière de lin et de laine mêlée





Ces deux cas d'abandons ne sont pas isolés mais sont représentatifs de la misère de cette époque. Il serait intéressant , je pense de rechercher ce qu'est devenue la petite Agnès GOURY; s'est-elle mariée ? Des enfants ? Son décès ?Retracer sa vie est pour moi un challenge à relever.


Ålexandre




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