QUAND LA FAMILLE LOGET JOUE LES TRUBLIONS!


Là c'en est trop ! Gilbert Thevenet , curé et maire de la commune ( le premier ) reçoit Jean Larue , couvreur , habitant du bourg de Franchesse . Nous somme le 8 mars 1791. Jean Larue raconte au maire ses démêlés avec la famille Loget ; en effet , ce dernier et sa famille subissent moqueries , invectives quasiment journalières de la part de Jean-Baptiste Loget , chirurgien de son état et surtout de sa femme , Jeanne Loget. Jusqu'à présent , l’honnête couvreur n'avait point voulu se plaindre et d'éviter ainsi poursuites et suites fâcheuses . Mais là ce qui s'est passé dépasse les bornes et les injures et autres outrages proférés en public ne peuvent être passés sous silence.
Le pauvre Larue raconte :
"  Je revenais de Bourbon , de chez M. le juge de paix qui venait de me condamner , et comme je descendais de cheval , Jean-Baptiste Loget m'apostropha , ainsi que ma  femme et ma belle-mère , et nous tint des propos plus que malhonnêtes  à courroucer les plus insensibles , traitant les femmes de garces et de putains , ce qui vous vous en doutez , attira foule de badauds.De plus , la femme Loget  , cabaretière-aubergiste  , sortit de sa maison , la bouche écumante de rage , les yeux exorbités , accompagné de son fils aîné , armé de pierres  et défia les femmes en les repoussant vivement . La femme Loget (1) présentait un ventre monstrueux (sic)  , signe d'un accouchement imminent , ce qui épouvanta ma femme et ma belle-mère ce qui les fit rentrer à la maison."

Comme il importe , pour la tranquillité de la famille Larue et celle du public journellement invectivé par le couple Loget , Jean Larue demande donc au maire qu'il fasse comparaitre Jean-Baptiste Loget et qu'il soit condamné à réparations  à injures , et à une amende pour trouble à l'ordre public .
"L'affaire" est communiquée au sieur Grenet , alors procureur de la commune qui fait assigner ledit Loget devant les officiers municipaux. Nous ne saurons rien de plus sur cette " affaire " , malheureusement le compte rendu de la comparution n'a pas été transcrit .

(1) Jeanne Besaudy , épouse Loget va mettre au monde , peu de temps après une petite Angélique qui  décédera deux ans plus tard ; j'ai retrouvé son acte de décès :





" Aujourd’hui , 4 mai 1793 , l'An deux de la république française , à dix heure du matin , par devant nous , Jacques Saulnier , maire et Charles Nicolas Moitié , secrétaire greffier de la municipalité de Franchesse , district de Cérilly , département de l'Allier , en l'absence de l'Officier public , ont comparu Jeanne Renard , veuve Cacot , domestique demeurant au bourg de Franchesse et Magdeleine Baron demeurant aussi au dit bourg de Franchesse , lesquelles ont déclaré que Angélique Loget , âgée de deux ans , fille de Jean-Baptiste Loget , chirurgien et de Jeanne Besaudy , son épouse , domiciliée dans cette commune , est décédée hier au soir , vers dix heures ... " 

Jeanne Besaudy , originaire de Decize dans la Nièvre , avait épousé à l'âge de 23 ans Jean-Baptiste Loget le 8 février 1875 à Franchesse  comme en atteste l'acte de mariage ci-dessous , signé par Gilbert Thevenet , vicaire à l'époque :










Les tribulations de la famille Loget ne s’arrêtent pas là , loin s'en faut . Les nommés Jean Peubrier , marchand , Gilbert Nord , aussi marchand et Balthazar Loget , fils de Jean-Baptiste Loget , chirurgien déclarent s'être bien amusés un jour de janvier 1793 , à tel point que dans ces jeux là , ils ont cassé les clefs de l'église.
Mis au courant de leurs frasques , le procureur Béraud les convoque à l'audience municipale le 20 janvier. Ils seront condamnés à verser chacun trente sols de dommages-intérêts , somme qui sera reversée aux indigents de la commune . Peubrier et Nord remettent la somme rapidement entre les mains du maire , mais Balthazar Loget refuse absolument de payer , croyant sûrement jouir d'un passe-droit au vu de la situation professionnel de son chirurgien de père . Peine perdue , car d'après la loi du 6 octobre 1791 , aux termes de l'article 5 du titre II  , le père est responsable . Il est donc lui aussi condamné à l'amende ordinaire prévue par loi.

Le 24 fructidor de l'An II  (10 septembre 1794 ) , un certain Jean Berthon , tisserand se présente à la mairie pour se plaindre de la veuve Loget . En effet , ayant besoin d'une bouteille de vin blanc , il alla en acheter une à l'auberge chez la citoyenne Loget , mais pensant payer le vin suivant le maximum (*), la cabaretière lui compta cette bouteille 20 sols . Convoquée par les officiers municipaux , cette dernière rétorqua que la femme Berthon lui devant de l'argent , elle ajouta le montant de la dette au prix de la bouteille de vin blanc , ce qui est interdit par la Loi  et que elle achète déjà le vin à un prix supérieur au maximum. Elle accuse Jacques Saulnier , fermier à Bouquetraud  et ancien maire de Franchesse de lui avoir vendu , pour les besoins de son auberge , le quart de vin ( ancienne mesure qui correspond à environ à 70 bouteilles ) 70 livres ! Convoquée à nouveau afin de s'expliquer mais cette fois ci face à Jacques Saulnier  ,  la bougresse avouera avoir menti et acheté le vin au prix réglementaire de 27 livres ...
En conséquence de quoi , " conformément à l'article 19 de la loi du 22 juillet 1791 , la dite dame Loget , sera et demeura amendée envers les indigents de cette commune de la somme de 12 livres et que défense lui sera faite de récidiver  sous plus grande peine . Elle devra , à l'avenir se conformer aux lois de la bienfaisante Convention Nationale. Le présent acte sera publié et affiché aux lieux ordinaires. Fait et arrêté les jours et an que dessus , signé le citoyen Moitié qui a bien nous servir de secrétaire en l'absence de notre greffier."


Le 30 fructidor , soit quelques jours après ( 16 septembre 1794) , alors qu'elle a besoin d’œufs , la dame Chevalier , veuve Bourbonnais propose à l'ignoble cabaretière de lui faire porter par le jeune Frade quelques œufs moyennant 20 sols la douzaine , soit au dessus du maximum. La veuve Loget paie le prix prohibé , va au domicile de la vendeuse et traîne la pauvre femme Chevalier jusqu'à la porte de l'agent national , pour la faire condamner ! L'agent national , le citoyen Lefort absent , deux témoins affirmeront que la veuve Loget a bien acheté les œufs au prix de 20 sols.
La cabaretière pensait tenir sa revanche mais va vite déchanter car , après étude du dossier l'agent national tranchera : "  L'agent national reconnait que Anne Chevalier , veuve Bourbonnais a bien vendu des oeufs au prix qu'elle pensait juste et tire les conclusions suivantes : 1. Qu'elle soit déchargée de la plainte portée contre elle car elle parait etre une provocation de la dame Loget pour se venger de son fils et que cette pauvre femme a été longtemps indemnisée comme indigente et que sa santé ne lui permet pas d'assister à la promulgation des lois.
2. Par contre que la citoyenne Loget soit punie puisqu'elle connaissait bien la loi , ayant été condamnée quelques jours plus tôt , et qu'en conséquence elle n'aurait jamais du acheter les œufs hors du Maximum
3. Qu'il appert que la citoyenne Loget a porté plainte par vengeance et par vanité
4. Que la citoyenne Loget sera à nouveau condamnée à 6 livres d'amende envers les indigents et qu'elle sera mise en arrestaion à la maison d'arret , l'espace de 12 heurs pour s'etre rendue une nouvelle fois coupable.Fait et arreté les jours et an que dessus , l'agent national , notre secrétaire-greffier.


(*) La loi dite du Maximum , votée le 29 septembre 1793 fixe les prix afin d'enrayer la hausse constante des denrées et des marchandises qui ne doivent pas être dépassés sous peine de lourdes sanctions pour les commerçants et les clients.


Continuons un peu de suivre les péripéties de la famille Loget ; Jeanne Loget , née Besaudy , perd son époux le 23 floréal An II de la République ( 12 mai 1794 ) Jean-Baptiste Loget , chirurgien. Il avait 55 ans . Voici son acte de décès :




On est bien loin de la veuve éplorée, puisque 4 mois après seulement , elle épouse à 42 ans le 3 vendémiaire An III ( 24 septembre 1794 ) Gilbert Picaud , laboureur à la Poissonnerie , âgé de 27 ans . Voici l'acte de mariage :



Mais on va atteindre  bientôt le paroxysme de la bêtise et de  la méchanceté , et s'apercevoir que l'instinct maternel n'est pas une qualité première chez la mère  Loget !
En effet , le 20 vendémiaire de l'An III ( 11 octobre 1794 ), Balthazar Loget , fils du défunt Jean-Baptiste Loget , chirurgien, vient se plaindre à la mairie d'avoir été bien injustement mêlé à une bagarre à l'auberge tenue par sa mère . Le fils Loget dîne en compagnie de deux amis , Gilbert Bardonnet et Jouannet. Il se fait tard et Balthazar Loget demande à payer son écot . Gilbert Picaud , son beau-père lui présente la note et le fils Loget s’aperçoit que ce dernier lui facture le vin 25 sols alors que le maximum fixe le prix à 15 sols . La conversation s'envenime quand soudain , de son lit Jeanne Picaud , veuve Loget hurle en s'adressant à son mari : " C'est ton abruti de beau fils qui nous a amené les Douniots ( il faut lire certainement les gens des Drugnauds ) pour nous faire assassiner ! Débarrasse nous de ce gueux là ! Va chercher le citoyen Lefort ( Louis Yves Lefort fût nommé agent national le 12 pluviôse An II soit le 31 janvier 1794 ) et dis lui  que ton beau fils nous assassine ! Voyant que l'agent national ne vient pas , la mère Loget sort de son lit et hurle de plus belle  :" Crie à l'assassin! il nous égorge ! "

Moi ! Je vous égorge ! Mais je ne dis pas un mot! dit le fils Loget puis soupire :  Comment est ce possible qu'on me traite comme ça ! Au même moment Picaud prend une chaise pour frapper son beau-fils mais en vain , puis s'empare d'une broche à rôtir pour le transpercer ce qu'il aurait certainement fait si Bardonnet et Jouannet ne l'avaient arrêté ! Puis la mère Loget se jette sur son fils en criant qu'il l'assassinait !
Il se fait très tard , et à une heure du matin , et après audition de tous les protagonistes , l'agent Lefort donne son verdict . Pour Pierre-Yves Lefort , il faut que Balthazar soit puni pour s'être opposé à sa mère ( c'est un comble !). Que Picaud soit absous du délit de vente au dessus du Maximum mais qu'il soit condamné pour avoir donné à boire à une heure aussi tardive à une amende de 12 livres , somme reversée aux indigents de la commune .Par contre , il n'est pas de le compétence du tribunal de condamner le fils Loget . Il faut pour cela , que sa mère porte plainte contre lui. Pour finir , il est rappelé à Picaud , qu'en cas de récidive la peine sera très fortement augmentée et il lui est fortement conseillé de se tenir aux arrêtés pris par la commune ...

On ne trouve plus trace dans les comptes rendus municipaux de la famille Loget . Jeanne Picaud , veuve Loget , née Besaudy était la fille de feu Pierre Besaudy , ancien employé dans le Génie et plus tard , notaire à Moulins . Est-elle retournée y vivre avec Picaud son époux ? ( On sait que  Catherine Besaudy , sa sœur habitait Moulins ). Je ne sais pas mais j'ai la nette impression que si tel était le cas , une partie de la population a dû être grandement soulagée !

Alexandre Cornieux






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