LES DERNIERS INSTANTS DU CAPITAINE MANGIN





Ce récit , tiré de l'historique du 28e BCA retrace les derniers instants de la vie de Jean-Marie Gilbert MANGIN ,

« L’aspect de ce pays nouveau est profondément triste. Partout c’est la dévastation de combats sans  merci. L’artillerie a détruit tout ce qui peut être un abri. Les bois ne sont plus. Seuls, de pauvres moignons d’arbres déchiquetés se dressent au milieu des débris de leurs branches qui jonchent le sol.
La terre est un cloaque d’entonnoirs; le sol, grisâtre et poussiéreux, est parsemé de rares touffes d’herbe souillée. Pas d’eau, pas d’abris, pas de villages. Des maisons, il ne reste que quelques pans de torchis et des monceaux de tuiles. De longues lignes blanches, tranchées et boyaux, zigzaguent au milieu de cette dévastation, et le sol est semé de casques, de débris d’armes, de munitions, de lambeaux de vêtements et de petites croix de bois sur des tertres blancs.
Des geysers de fumée, noirs, blancs, rougeâtres, jaillissent partout du sol, au loin, et, dans cet infini tout paraît de teinte neutre. Des canons, posés en plein champ, sont invisibles au milieu de cette nature grise et aride où seule la fumée blanche des départs indique l’emplacement des batteries.
L’artillerie française fait feu de toutes ses pièces. De tout côté, de partout, les coups de canon se précipitent et le vacarme est assourdissant au point que l’on n’entend même pas le sifflement des obus qui viennent tomber à quelques pas.
Mais le 28s’est vite habitué à cette guerre nouvelle. Les objectifs fixés sont atteints d’un seul bond, malgré les feux de flanc de nombreuses mitrailleuses allemandes et un violent tir de barrage de l’artillerie ennemie. Les 1re et 5compagnies du 28ont été brillamment engagées et ont progressé profondément dans les lignes ennemies et le reste du bataillon a suivi le mouvement. Mais les pertes ont été élevées. Parmi les 25 morts du bataillon se trouve le capitaine MANGIN, de la 4compagnie. En outre 2 officiers et 84 hommes ont été blessés.
Le capitaine MANGIN était un officier distingué et sympathique. Lieutenant de réserve, il avait gagné les galons de capitaine et pris le commandement d’une remarquable compagnie.

Assez grand, le profil net, le visage sec au milieu duquel brillaient des yeux spirituels, MANGIN était doué d’un caractère gai, d’un esprit prompt et caustique. Son abord aimable et ses qualités de bravoure lui avaient mérité la sympathie de tous et sa perte fut très douloureuse à ceux qui l’avaient approché. »  


Jean-Marie Gilbert Mangin est né  le 15 août 1885 à Franchesse , (dans l'actuelle maison n°2 Place de l'église ) où sa mère était épicière et son père fabricant d'huile . Capitaine au 28e BCA ( Chasseurs Alpins ), commandant la 4eme Compagnie , tué à l'ennemi au Bois Reinette, commune de Bouchavesnes ( 80 Somme ) le 5 septembre 1916. Cité à l'ordre de l'armée , croix de guerre avec palme d'argent , médaille militaire , chevalier de la Légion d'Honneur le 24 novembre 1916 ( à titre posthume ) .Gilbert était un ancien élève du Lycée Banville de 1896 à 1904 ( inscrit sur le livre d'or du lycée) ; il était greffier de la justice de paix au tribunal de Dompierre-sur- Besbre ( Allier ) .il est également inscrit sur le monument aux morts de Dompierre . il avait 31 ans. 

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